Agressions sexuelles dans l'armée canadienne

L'armée canadienne est en train d'instaurer un groupe de vérification externe pour tenter de faire la lumière sur les cas d'agressions sexuelles dans ses rangs.

 Le chef d'état-major des Forces canadiennes, Tom Lawson, en a fait l'annonce devant un comité de la Chambre des communes, à Ottawa.

Le général Lawson n'a cependant pas précisé quelle serait la portée des actions de ce groupe et il a prudemment statué qu'il reviendrait au ministre de la Défense d'en préciser le mandat. Le chef d'état-major affirme néanmoins que le groupe de vérification aura l'autorité d'interviewer des membres de l'armée et pourrait potentiellement mettre au jour de nouvelles allégations d'agressions.

Tom Lawson a fait l'objet d'un feu nourri de questions de la part des membres du comité de la défense des Communes, alertés par les révélations faites le mois dernier par le magazine L'actualité.

Selon la publication, qui a appuyé son reportage par moult témoignages et par l'examen de signalements d'agressions s'étalant sur une décennie, il existe un silence au sein de l'armée, un silence qui isole les victimes et protège, en quelque sorte, les agresseurs. Toujours selon l'enquête journalistique, la police militaire reçoit jusqu'à 200 plaintes d'agressions sexuelles par année.

« Ces personnes doivent être mieux protégées et ramenées au sein d'une organisation dans laquelle elles peuvent avoir confiance. »— Le chef d'état-major des Forces canadiennes, Tom Lawson, au sujet des victimes

Bien que le général Lawson se dise « troublé » par les révélations de L'actualité, il se refuse à tirer la conclusion qu'il existe une culture de violence et de harcèlement à caractère sexuel dans les Forces canadiennes.

Des victimes qui s'expriment et qui en paient le prix

Agressée par un supérieur en décembre 2011, Stéphanie Raymond a porté plainte aux autorités de la base qui ont minimisé l'incident. Après deux ans d'enfer et de représailles, elle a finalement été renvoyée de l'armée, l'abrupte fin d'une carrière de 13 ans.

Rencontrée par Radio-Canada, Mme Raymond n'a pas grands espoirs que la situation change.

« Non, je n'ai aucun espoir que ça change tant que cela reste dans les mains de l'armée pour ce qui est de la justice, de la police, des enquêtes. Tout est fait à l'interne, il y a beaucoup trop de conflits d'intérêt. Je n'ai vraiment aucunement confiance. »— Stéphanie Raymond, ex-membre des Forces armées canadiennes

Aux Communes, le porte-parole néo-démocrate en matière de défense, Jack Harris, s'est montré sceptique devant les propos du général Lawson, rappelant que le problème des agressions sexuelles et du harcèlement dans les forces armées défrayaient la manchette depuis la fin des années 1990.

La députée libérale Judy Sgro s'est montrée encore plus sceptique, soutenant avoir entendu le même type de discours de la part de la Gendarmerie royale du Canada lorsque la question des agressions sexuelles dans la police fédérale avait fait les manchettes il y a deux ans.

« Et, vous savez [...] c'est à un recul que nous avons assisté depuis ce temps », a-t-elle soutenu.

Le reportage de Daniel Thibeault, Radio-Canada, lire l'article complet

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